A la suite de la révélation par Mediapart d'une demande d'emprunt réalisée par Eric Woerth pendant sa campagne pour les municipales de 2008 (à Chantilly), et qui montrait que le ministre ne prétendait gagner que
3.000 euros de revenus et ne payer aucun impôt sur le revenu, le ministre et le Crédit agricole ont tous deux contesté ce lundi 16 août le document publié sur notre site. Bien entendu, Mediapart maintient ses informations, et publie l'ensemble des documents, tous publics, qui les prouvent. Comment les avons-nous obtenus?
Pour mémoire, les enregistrements réalisés par le majordome de Liliane Bettencourt ont entre autres fait apparaître l'existence d'un chèque signé le 4 mars 2010 par la milliardaire en faveur d'Eric Woerth. Après enquête, nous avons découvert l'existence d'un micro-parti, l'«Association de soutien à l'action d'EricWoerth», à qui le chèque aurait été destiné. Nous avons enquêté sur ce micro-parti, examiné ses comptes, puis posé des questions au ministre sur l'activité de cette structure, sans obtenir de réponses.
Face à ces interrogations, nous avons demandé à la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques de nous transmettre les comptes de campagne d'Eric Woerth pour les élections législatives de 2007 et les municipales de 2008. Après plusieurs semaines de délai, nous avons pu les consulter le lundi 9 août. Nous les avons épluchés pendant plusieurs jours, et découvert que l'expert-comptable qui avait certifié les comptes du micro-parti d'Eric Woerth avait été décoré de la Légion d'honneur.
Nous avons également découvert les conditions étranges d'un emprunt réalisé par Eric Woerth pendant sa campagne pour les municipales.
Nous n'avons donc ni volé ce formulaire, ni soudoyé qui que ce soit, ni réalisé «des montages farfelus, fabriqués de toutes pièces» comme nous en accuse Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP. Ce sont des documents qui ont été remis par Eric Woerth et son mandataire financier à la Commission, en sachant très bien qu'ils pourraient être consultés par tout un chacun, comme la loi le prévoit.
Quand nous en avons pris connaissance, nous avons cherché à joindre Eric Woerth pour savoir comment il justifiait cette déclaration tronquée, qu'il a paraphée et signée, alors qu'il lui était fait obligation de fournir «des renseignements complets, exacts, sincères et véritables» sur l'ensemble de sa situation financière et patrimoniale.
le mail envoyé le 10 août au cabinet d'Eric Woert. Cliquez sur l'image pour l'agrandir. Par téléphone, nous nous sommes assurés que le courrier avait été bien reçu, que la demande avait été transmise, puis à plusieurs reprises, nous avons relancé le cabinet dans la semaine, qui nous a dit avoir pris acte de notre demande, mais qui ne nous a jamais répondu bien que nous lui ayons signalé que notre article paraîtrait en fin de semaine. Parallèlement, nous avons cherché des explications auprès du Crédit agricole. D'abord à l'agence de Chantilly, où il nous fut répondu que le directeur était en vacances et que la plupart des conseillers de l'agence avaient changé depuis 2008.